TOCQUEVILLE (A. de)


TOCQUEVILLE (A. de)
TOCQUEVILLE (A. de)

Dans une Europe livrée depuis quarante ans aux orages politiques soulevés par la Révolution française, Tocqueville apparaît comme la conscience du milieu du siècle. Avec une lucidité qui, aujourd’hui encore, nous étonne, il fait le point pour comprendre, et non pour juger, une force dont chacun pressentait, pour s’en réjouir ou s’en alarmer, qu’elle allait changer la face du monde. Cette force, c’est l’idée démocratique. Certes, elle n’était pas ignorée. Dans la lignée de Bonald ou de Maistre, les nostalgiques de l’Ancien Régime y voyaient l’incarnation du mal. Mais ceux-là mêmes qu’à l’époque on considérait comme des libéraux parce qu’ils acceptaient la Révolution, Benjamin Constant, Guizot, Royer-Collard, s’efforçaient, par des artifices maladroits, d’en contenir les conséquences. Conscients de l’impossibilité d’annihiler le grand espoir né en 1789, ils visaient à en éluder la réalisation. Ils tentaient de dévier le courant démocratique vers des parodies de gouvernements libres où la volonté du peuple ne peut se reconnaître que traquée, divisée, affaiblie.

Or, voici qu’un jeune homme, la veille presque inconnu, lance comme un brûlot, dans ce milieu d’esprits étriqués et retors, un livre consacré à la démocratie, qui n’est ni un pamphlet, ni une utopie, ni un appel à l’insurrection. En 1835, lorsque parurent les deux premiers volumes de La Démocratie en Amérique , que voyait-on dans la démocratie? Pour les uns, une formule irréalisable, bonne tout au plus à servir de repoussoir à un régime fondé sur la raison; pour les autres, le drapeau d’une agitation permanente, inapte par conséquent à être l’emblème d’une organisation politique stable. Tocqueville ne s’immisce pas dans ce débat, car, pour lui, il ne s’agit plus de discuter des préférences, mais de constater comme un fait inéluctable l’avènement de la démocratie. Ce fait, il l’a enregistré aux États-Unis, et c’est à raison de la pertinence de ses observations que les sociologues se flattent de le compter parmi l’un des plus grands d’entre eux. Mais ce fait a été aussi l’objet de ses méditations. À ce titre, il apparaît à côté de Montesquieu comme le premier des moralistes politiques français. Moraliste, c’est bien d’ailleurs ce que Tocqueville voulut être. Parti en Amérique avec son ami Gustave de Beaumont, magistrat comme lui, pour y étudier le régime pénitentiaire Tocqueville comprit que quelle que soit la richesse des observations accumulées durant un séjour de moins d’un an, il serait présomptueux de sa part de prétendre offrir aux lecteurs un tableau exhaustif du Nouveau Monde. Le sujet du livre serait donc la démocratie, l’expérience américaine n’intervenant que pour fournir à la réflexion les données sans lesquelles elle n’eût abouti qu’à une théorie désincarnée. Aussi bien la deuxième partie de l’ouvrage, publiée en 1840, accuse-t-elle ce souci de s’élever aux idées générales dans les chapitres véritablement prophétiques où Tocqueville étudie «l’influence qu’exercent les idées et les sentiments démocratiques sur la société politique».

Le succès de l’œuvre fut immense. Élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1838, à l’Académie française en 1841 alors qu’il n’avait que trente-six ans, l’auteur reçut la consécration d’une opinion unanime qui sut reconnaître que «jamais esprit de première valeur [...] n’avait médité avec autant de gravité et de lucidité le problème – de plus en plus ardu, à mesure que se compliquent les sociétés – de gouverner les hommes pour le bonheur du plus grand nombre sans les asservir ni les avilir» (J. J. Chevallier). Les Américains eux-mêmes lui furent reconnaissants de leur avoir révélé l’esprit et les ressorts de leurs institutions. Il n’est pas difficile de déceler, chez Tocqueville, l’intention d’instruire les gouvernants de la France. S’il a écrit un livre, ce n’est pas seulement pour satisfaire une légitime curiosité, c’est «pour y trouver des enseignements dont nous puissions profiter». Or cette leçon, ce n’est pas d’institutions toujours contingentes et maladroites qu’il y a lieu de la tirer, c’est d’un fait qui domine l’histoire: l’égalisation des conditions. «Fait providentiel, il en a les principaux caractères, il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puissance humaine; tous les événements comme tous les hommes servent à son développement. Serait-il sage de croire qu’un mouvement social qui vient de si loin pourra être suspendu par les efforts d’une génération? Pense-t-on qu’après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches? S’arrêtera-t-elle maintenant qu’elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles?» (La Démocratie en Amérique , «Introduction»). Il n’y faut pas penser, car ce serait aller contre Dieu lui-même. Mais on peut du moins chercher comment tirer profit de ce qu’il y a de bon dans l’égalité des conditions.

Recherche nécessaire, car nous nous engageons dans la démocratie sans exploiter ce qu’«elle pourrait offrir d’utile». Bien au contraire, nous en aggravons les tares. Alors que la division des fortunes, en diminuant la distance qui sépare le pauvre et le riche, aurait dû les rapprocher, elle ne leur fournit que «des raisons nouvelles de se haïr». L’idée de droits communs à tous, que l’égalité devrait fortifier, est brimée par la force, qui apparaît au riche comme au pauvre «la seule raison du présent et l’unique garantie de l’avenir». Est-il fatal qu’il en soit ainsi? Tocqueville trouve aux États-Unis des motifs de le croire, mais aussi des raisons d’espérer que la morale et les mœurs l’emporteront sur la malignité des hommes.

Les risques de la démocratie

Dans une lettre du 21 février 1835 à son ami Eugène Stoffels, Tocqueville expose l’enseignement général qu’il croit pouvoir dégager de son expérience américaine. De ce qu’est réellement aujourd’hui un peuple démocratique, adversaires et partisans de la démocratie ont une leçon à recevoir. Aux premiers qui croient qu’elle est synonyme de bouleversement, d’anarchie, de spoliation, de guerre civile, les États-Unis apprendront qu’un gouvernement démocratique peut respecter les fortunes, garantir les droits, épargner la liberté, honorer les croyances. Et si la volonté de Dieu n’est pas de réserver une grande somme de félicité à quelques-uns ni de justifier la maxime: Humanum paucis vivit genus («Le genre humain vit de peu»), mais «de répandre un bonheur médiocre sur la totalité des hommes», l’exemple américain démontre que la démocratie est parfaitement qualifiée pour atteindre ce but. À ses partisans qui y voient un régime généreux et facile, le même exemple apprendra que le gouvernement démocratique n’est pas exempt de risques et qu’en tout cas «il ne peut se soutenir que moyennant certaines conditions de lumières, de moralité privée, de croyances». Au reste, dit Tocqueville, il n’est plus temps de délibérer; la société s’oriente vers l’égalité des conditions et dans cette marche irréversible s’annonce le règne universel de la démocratie. La question n’est donc pas de savoir si l’on doit choisir entre l’aristocratie et la démocratie, mais si l’on peut maintenir la démocratie dans l’ordre et la moralité ou s’il faut se résoudre à accepter une société démocratique «désordonnée et dépravée, livrée à des fureurs frénétiques ou courbée sous un joug plus lourd que tous ceux qui ont pesé sur les hommes depuis la chute de l’Empire romain».

Dans l’évocation des périls qui menacent la démocratie, on se plaît aujourd’hui à admirer le prophétisme de Tocqueville. Il ne s’agit pas cependant de l’exercice d’un don de visionnaire; c’est d’une analyse sociologique du mouvement démocratique et d’une prise de conscience des deux forces qui l’animent, liberté et égalité, que l’auteur de La Démocratie en Amérique a pu dégager les formes possibles qui s’offraient, pour l’avenir, à la démocratie naissante. Le conflit entre la liberté et l’égalité n’est certes pas logiquement inévitable, mais il semble qu’une fatalité inéluctable le provoque dans les faits. Tocqueville observe que les hommes recherchent la liberté pour échapper aux inégalités que créent les rapports de dépendance, mais qu’à peine ont-ils renversé une tyrannie ils se trouvent menacés par une autre qui, cette fois, procède de leur propre consentement. En effet, l’égalisation des conditions, que les hommes ont entreprise par leur révolte contre le despotisme politique, s’accentue chaque jour du fait de la démocratisation des mœurs inhérente au développement de la civilisation industrielle. Sans doute les individus trouveront-ils dans cette égalité, qui les rend indépendants les uns des autres, le goût de la liberté politique, mais cette liberté s’exprimera dans une volonté commune, source d’une législation uniforme et d’autant plus pesante qu’elle sera sanctionnée par la puissance du groupe tout entier. La tyrannie des assemblées naîtra ainsi du désir des individus de s’en remettre au pouvoir collectif du soin de sauvegarder l’égalité. De la liberté politique peut donc naître une servitude consentie, cette servitude qui est celle de l’individu étouffé par la masse qui l’absorbe. Le pouvoir protecteur s’étend pour mieux protéger; sa centralisation oppressive n’est que la conséquence des espérances mises en lui comme pourvoyeur d’égalité. Il faut relire les chapitres par lesquels s’achève La Démocratie en Amérique (cf. notamment le chapitre VI de la quatrième partie: «Quelle espèce de despotisme les nations démocratiques ont à craindre») pour admirer la précision avec laquelle Tocqueville décrit – sans lui donner un nom car, dit-il, despotisme ni tyrannie ne conviennent à ce régime nouveau – l’appareil politique «absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux» qui, sous le couvert du règne de la volonté populaire, bannit toute liberté. Ce n’est pas l’État totalitaire si l’on retient de ce terme ce qu’il sous-entend de brutalité, de misère et de cynisme..., mais c’est peut-être pire: un État où il n’est même plus nécessaire d’opprimer la liberté puisque les hommes ont perdu jusqu’au désir d’être libres. C’est un despotisme qui «dégrade les hommes sans les tourmenter»; c’est cette servitude dont Vauvenargues disait déjà qu’«elle avilit l’homme au point de s’en faire aimer».

Liberté politique et volonté populaire

Alexis de Tocqueville, né à Paris, appartenait à la plus ancienne noblesse normande. Par sa grand-mère paternelle il descendait de Saint Louis, sa mère était la petite-fille de Malesherbes, le défenseur de Louis XVI. Arrêtés sous la Terreur, ses parents ne furent sauvés que par le 9 Thermidor; l’échafaud avait cependant eu le temps de faire son œuvre dans sa parenté. Né aristocrate, il aurait eu quelques raisons de haïr cet égalitarisme dont il avait pu observer, en France, les prolongements sanglants, aux États-Unis les effets pernicieux. Pourtant sur cette «pente naturelle», comme il dit lui-même, il ne se laisse pas entraîner. Pourquoi défendre l’aristocratie? Elle est détruite et «on ne s’attache fortement qu’à ce qui vit». Quant à la démocratie, il faut l’admettre, car, dans la mesure où elle réalise l’égalité, elle est conforme au mouvement «le plus continu, le plus ancien et le plus permanent que l’on connaisse dans l’histoire». Par conséquent, il ne s’agit pas de savoir si elle est avantageuse ou funeste à l’humanité, mais de l’observer «chez le peuple où elle a atteint le développement le plus complet et le plus paisible, afin d’en discerner clairement les conséquences naturelles et d’apercevoir s’il se peut, les moyens de la rendre profitable aux hommes».

Ce moyen, ou mieux encore ce remède aux maux que peut engendrer la démocratie, c’est de renforcer son exigence de liberté contre sa perversion par excès d’égalitarisme. La volonté du peuple, soit! mais pour la liberté. C’est par là que, chez Tocqueville, le libéral de conviction l’emporte sur le démocrate résigné. «Quand je refuse, écrit-il, d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du genre humain.» Et, reprenant ce thème familier à Benjamin Constant, il ajoute: «La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse [...] Il n’y a donc pas, sur la terre, d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on l’appelle «peuple» ou «roi», «démocratie» ou «aristocratie», qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie.» Mais comment concilier la liberté politique avec ce refus opposé à l’omnipotence de la volonté populaire?

Il n’apparaît pas que l’originalité des remèdes réponde, chez Tocqueville, à la sûreté du diagnostic. Il croit cependant découvrir chez les Américains ceux dont il faut user: la décentralisation, la vitalité des libertés locales, l’association, l’indépendance de la presse, le respect des croyances religieuses. La décentralisation n’a pas seulement une valeur administrative; elle a une portée civique puisqu’elle multiplie les occasions pour les citoyens de s’intéresser aux affaires publiques; elle les accoutume à user de la liberté. Et de l’agglomération de ces libertés locales, actives et sourcilleuses, naît le plus efficace contrepoids aux prétentions du pouvoir central, fussent-elles étayées par l’anonymat de la volonté collective. Il en va de même des associations qui habituent les hommes à se passer du pouvoir. Leur pullulement aux États-Unis montre la confiance des individus dans une action commune qui peut être telle sans faire appel à l’État. L’énergie déployée dans l’association est autant de force soustraite aux gouvernants, autant d’indépendance opposée à leur emprise. Quant à la presse, sa fonction dans une démocratie est de faire entendre la voix spontanée et naturelle du peuple en parallèle avec cette volonté du peuple que prétendent exprimer les assemblées et qui n’est souvent qu’un moyen de convaincre les individus qu’ils ont voulu leur propre asservissement. Les croyances religieuses, enfin, apportent à la démocratie l’assise morale dont elle a besoin. Le despotisme peut se passer de foi, la liberté ne le peut pas, car, desserrant la discipline politique, elle a besoin de la religion qui, empêchant de tout concevoir, défend de tout oser.

Assurément, ces institutions que vante Tocqueville sont d’utiles antidotes à la puissance du nombre. Mais, en elles-mêmes, elles ne sont que de vaines parades si les consciences individuelles ne les soutiennent de leur énergie. Puisqu’il faut «faire sortir la liberté du sein de la société démocratique», où la trouvera-t-on sinon dans l’homme lui-même? Mais alors il ne suffit plus d’observer il faut espérer, faire confiance à l’homme pour qu’il cherche dans la liberté, non pas les biens matériels qu’elle peut donner, mais elle-même et elle seule. Cet amour de la liberté comme fin en soi, ce n’est pas autre chose que le civisme démocratique.

On voit bien que Tocqueville songe à une réconciliation sociale grâce à laquelle l’identité des croyances favorisées par l’égalité des conditions s’opposerait à ce que les institutions de la démocratie deviennent des armes de combat entre les classes. Il en appelle à l’esprit de liberté pour empêcher que soient dénaturés les instruments de la liberté. Il ne peut cependant cacher que ce qui lui apparaît plus probable c’est une exaspération de la soif d’égalité conduisant à l’acceptation de l’asservissement. Très curieusement, cet esprit politique qui est aussi un sociologue saute par-dessus l’étape révolutionnaire qu’il pressent, ne s’attarde pas à décrire la mutation de la lutte politique en lutte des classes et va d’emblée au terme des avatars de l’idée démocratique pour saisir, dans une intuition de visionnaire, l’esprit de cette démocratie consentante à laquelle semblent s’abandonner aujourd’hui les pays développés. Loin de s’accompagner d’un renforcement des institutions libérales, Tocqueville considère, pour le déplorer, que la démocratisation de la société y affaiblira le goût de la liberté. Le développement du bien-être matériel, l’écrasement des hiérarchies sociales provoqué par la généralisation du salariat, le souci de ne pas compromettre les avantages acquis et de les accroître par l’assurance de leur sécurité conduiront les individus à consentir au pouvoir, dès lors qu’en échange d’un renoncement à participer à son exercice il leur garantira la jouissance d’un confort, médiocre mais sûr.

Une société conservatrice et turbulente

Il y aura bien démocratie si l’on entend par là un système social où, sans sélection arbitraire, le plus grand nombre possible d’hommes vivent le mieux possible. Mais, dans cette démocratie, la liberté sera exclue sans que, pour autant, y règne une paix harmonieuse. Le goût de l’égalité est tel, en effet, que les satisfactions obtenues ne font qu’accroître l’envie à l’égard de ceux qui sont plus favorisés. D’où le paradoxe d’une société qui sera à la fois conservatrice et turbulente. Turbulente à cause de l’inévitable disparité des conditions, conservatrice parce que la majorité de ses membres estime avoir plus à perdre qu’à gagner à une révolution.

Tocqueville raisonne en aristocrate, un aristocrate éclairé qui ne rejette pas 1789, mais qui y voit au contraire le plus haut moment de la Révolution parce que c’est celui où les Français, enfin libres, décidèrent de se gouverner selon la raison. Pourquoi un si noble propos fut-il contredit par les régimes établis par la suite? Parce que la Révolution ne sut pas rompre avec la centralisation que lui léguait la monarchie. C’est le thème de L’Ancien Régime et la Révolution , œuvre inachevée dont seul le premier volume parut du vivant de l’auteur (1856). On y trouve le même souci que dans La Démocratie en Amérique : comprendre les causes du déclin de la liberté. L’Ancien Régime l’a préparé par la centralisation qu’il imposa et la décadence de l’aristocratie qui en fut la conséquence. Ce double mouvement conduit au nivellement social qui offre les individus isolés, sans attaches dans des groupes partiels et sans traditions morales, en proie au despotisme. Ces réflexions furent exploitées par Taine dans les Origines de la France contemporaine , mais on ne rencontre pas chez Tocqueville la même acrimonie, car «il pousse au plus haut degré l’art de comprendre ce qui lui répugne» (J. Touchard). C’est sans doute à cette compréhension portée même à des mouvements d’idées qu’il redoute qu’il doit les intuitions fulgurantes auxquelles on accorde aujourd’hui un sens prophétique. On cite toujours sa vision d’un monde futur que se partageraient l’Amérique et la Russie. Cependant, non moins éclairantes sont ses vues prospectives sur l’importance que prendront les classes dans la dynamique sociale (L’Ancien Régime et la Révolution , t. II, liv. III, chap. Ier), sur les effets de la généralisation du salariat (La Démocratie en Amérique , t. I, vol. II), sur l’avènement d’une société aussi conservatrice qu’animée de turbulence (op. cit. ).

Ce don prospectif est la récompense d’une lucidité dont témoignent les Souvenirs que Tocqueville, mort à Cannes, a laissés. La naissance de ce qu’il redoute, qu’il décrit dans son témoignage sur la Révolution de 1848, ne l’empêche pas de dépeindre sous des traits cruels l’effondrement de la monarchie de Juillet où eussent pu prendre corps ses espérances. Cette attitude nous instruit sur les possibilités des sciences humaines: il ne suffit pas de voir les choses, car leur sens ne se révèle que grâce à la qualité de l’esprit de celui qui les appréhende. Jamais un fichier ne remplacera une intelligence.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Tocqueville — ist der Name: folgender Person: von Alexis de Tocqueville (1805–1859), französischer Publizist und Politiker mehrerer Gemeinden in Frankreich: Tocqueville (Eure), Gemeinde im Département Eure Tocqueville (Manche), Gemeinde im Département Manche… …   Deutsch Wikipedia

  • Tocqueville —   [tɔk vil], Charles Alexis Henri Clérel de [kle rɛl ], französischer Staatsdenker und Politiker, * Verneuil sur Seine (Département Yvelines) 29. 7. 1805, ✝ Cannes 16. 4. 1859; aus alter normannischen Adelsfamilie. Tocqueville wurde 1827 Richter… …   Universal-Lexikon

  • Tocqueville — Désigne celui qui est originaire de Tocqueville, nom de cinq communes normandes. Sens du toponyme : le domaine de Toki, nom de personne norois (formé à partir de Thôr, divinité scandinave) …   Noms de famille

  • Tocqueville — (spr. Tokwil), Charles Alexis Henri Maurice Cérel de T., durch seine Mutter ein Urenkel von Malesherbes, geb. 29. Juli 1805 zu Verneuil im Departement Seine Oise, studirte die Rechte, widmete sich Anfangs der Magistratur, wurde 1826… …   Pierer's Universal-Lexikon

  • Tocqueville — (spr. tockwil ), Charles Alexis Henri Maurice Clérel de, franz. Publizist, geb. 29. Juli 1805 in Verneuil (Seine et Oise), gest. 16. April 1859 in Cannes, ward 1826 Richter und 1831 nach den Vereinigten Staaten von Nordamerika gesandt, um das… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Tocqueville — (spr. tock wíl), Alexis Clérel de, franz. Staatsmann und Publizist, geb. 29. Juli 1805 zu Verneuil, seit 1839 in der Deputiertenkammer Mitglied der gemäßigten Opposition, 1849 kurze Zeit Minister des Auswärtigen, gest. 16. April 1859 zu Cannes.… …   Kleines Konversations-Lexikon

  • Tocqueville — (Tokwil), Henri Alexis, Comte de, geb. 1805, seit 1839 als Deputirter auf der Oppositionsbank, doch nicht Republikaner, 1848 in der Nationalversammlung mit den Gemäßigten (vielmehr Reaktionären) stimmend, vom 2. Juni 1849 bis Dezember 1851 als… …   Herders Conversations-Lexikon

  • Tocqueville — Tocqueville, Charles Alexis Henri Clérel de …   Enciclopedia Universal

  • Tocqueville — (Charles Alexis Clérel de) (1805 1859) écrivain et homme politique français. Au retour d un voyage aux È. U., il publia De la démocratie en Amérique (1835 1840); en 1856, l Ancien Régime et la Révolution. Acad. fr. (1841) …   Encyclopédie Universelle

  • Tocqueville — Tocqueville, Alexis de …   Dictionary of sociology